Modigliani

Pise, une ville prés de Livourne en Italie où tu vois le jour, se trouve là en pleins champs, comme posée par des extra terrestres venus en soucoupe volante dans un autre siècle, isolée de la ville, une surface plane de gazon de la taille du Madison Square Garden. Une esplanade verte, surprenante sur laquelle se dressent trois monuments de marbre blanc : la cathédrale, le baptistère et la tour, penchée sur la misère humaine. Du poste de pilotage du vaisseau spatial, plus tard dans la scène, Dali représentera ces visiteurs.
Amadeo, pas Amadeus, et pourtant de la musique et de la peinture jaillit la souffrance. Mozart ou Modigliani, quel destin ! Quels crimes aviez vous donc commis pour des existences aussi tourmentées ? Est-ce là le revers au génie ?
Mozart, tu ne deviendras pas sourd comme Beethoven, tu sombreras dans une autre folie. Modigliani, tes portraits sont aveugles d’une réalité extérieure qu’ils refusent pour l’essentiel à l’intérieur et tu te ronges aux acides, de la cocaïne à l’éther, pour poursuivre l’inaccessible gloire qui te prive de ta participation à l’exposition de New York avec tes contemporains.
Artiste maudit, en retard ou en avance sur le siècle, pas au rendez-vous, si malade et pourtant si obstiné d’un message à laisser d’un coup de burin devenu pinceau devant la force qui te manque pour sculpter.
Les artistes sur Terre expient les crimes des autres hommes face à la phrase de Nietzsche qui proclame que Dieu est mort sans que nul ne soit capable seul de le remplacer, où se cache le sens de la vie ? Dans les notes de Freud ?
Quand on t’interdit d’exposer tes nus comme si tu étais le diable, toi qui n’y montre que beauté ! Médiocrité humaine qui s’interdit la révélation et le « Deviens qui tu es », aberrant de devoir attendre une publicité venue des Etats-Unis « Just do it » pour retrouver tant d’années après ces mêmes idées.
Perversité de la morale qui refuse la chair comme nourriture humaine essentielle à l’équilibre de l’esprit. La division du corps et de l’âme quelle ineptie !
Le talent ne choisit pas où il naît, il tombe d’en haut comme une pluie bienfaitrice sur la misère de l’humanité et bien souvent il est une croix à l’homme qui le reçoit et qui le porte de sa naissance jusqu’à sa mort, le calvaire du cheminement de l’artiste au milieu des autres hommes qui ne peuvent que modestement le comprendre.
Le visionnaire éclaire de sa lanterne le chemin tortueux mais le troupeau reste dans la plaine par peur des loups, insatisfait de sa vie de mouton pas assez courageux pour oser plus. Comment peindre le courage quand seule la pierre en possède la force ?
Tes femmes au cou de girafe viennent de l’Afrique et leurs corps sont souples des muscles de fauve qui dorment sous la peau dans toute la sensualité de la nudité, le visage allongé comme une ponctuation qui prolonge le tableau par les mots de l’amateur qui, de son regard, s’allonge à même la toile dans un flux qui le submerge de l’intérieur, dans ces poses lascives où surgit toute la violence du Paradis perdu, dans ces yeux vides qui ne veulent pas voir, simplement s’offrir et ressentir.,ces yeux pleins d’amour, sous le pont Mirabeau coule la Seine et nos amours, la joie venait toujours après la peine, les jours s’en sont allés et comme Apollinaire tu demeures,
Ton devoir est de ne jamais te consumer dans le sacrifice.
Ton véritable devoir est de sauver ton rêve.
Modigliani, Lettre à Oscar Ghiglia

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